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jeudi 18 juin 2009

Lucia di Lammermoor : une tragédie shakespearienne à l’italienne

L’Opéra de Montréal rabattait le voile de sa 29ème saison avec la présentation de l’œuvre de Puccini, Lucia di Lammermoor, créée en 1835 à Naples (Italie).

Lucia di Lammermoor, Acte III (Crédits : Opéra de Montréal)

Acte I. L’histoire se déroule en Écosse à la fin du XVIè siècle. Deux familles rivales, les Ashton, dont le château se situe près de Lammermoor, et les Ravenswood, connaîtront un destin tragique. Lucia Ashton (Eglise Gutierrez) et Edgardo Ravenswood (Stephen Costello) désirent se marier malgré le passé belliqueux de leurs familles respectives. Enrico Ashton (Jorge Lagunes), le frère de Lucia, désire rompre les sentiments qui unissent les jeunes gens. Edgardo, après avoir jurer son amour, doit partir en France et laisse sa bien-aimée à sa famille qui entrevoit son avenir d’une toute autre façon.

Acte II. Plusieurs mois ont passé sans que Lucia ne reçoive de nouvelle de la part d’Edgardo. Son frère Enrico intercepte chaque missive que lui envoie son amant et prépare le mariage de sa sœur avec Arturo Bucklaw. Cette nouvelle alliance se voyant refuser sur le champ par Lucia, Enrico montre une fausse lettre prouvant l’infidélité d’Edgardo. Lucia se résigne, dépitée, et consent se marier avec Arturo. Edgardo revient au château de Lammermoor où sont célébrées les fiançailles de Lucia et d’Arturo ; apprenant ce mariage, Edgardo défie Arturo et Enrico en duel.

Acte III. Le mariage est maintenant fêté. Lucia arrive au milieu des convives en robe blanche tâchée de sang, elle a assassiné Arturo, et sombre progressivement dans la folie dans la scène nommée «il dolce suono». Elle perd tout lien avec la réalité et rêve d’un avenir avec son amant Edgardo. On l’emporte, mourante. Edgardo est quant à lui sur les tombes des Ravenswood et attend Enrico pour leur duel. Il apprend que Lucia vient de mourir, et pris de désespoir, s’ôte la vie.

Lucia et Edgardo, Acte III (Crédits : Opéra de Montréal)

Lucia di Lammermoor est une œuvre forte, un peu longue (2h30), mais qui permet à la psychologie des personnages de prendre l’ampleur suffisante et essentielle pour devenir une œuvre profonde et marquante. La scène de la folie est à couper le souffle. Toute la virtuosité d’Eglise Gutierrez permet de clouer littéralement les spectateurs dans leurs sièges, et l’on comprend mieux pourquoi Luc Besson a repris ce passage dans son film le Cinquième Élément avec la scène de la Diva, tant par la beauté du morceau que par l’étendue des sentiments transmis. Un très bel effort semble avoir été mis à l’élaboration des décors qui surent recréer l’ambiance écossaise du moyen-âge. Bravo à l’Opéra de Montréal pour cette dernière représentation de la 29ème saison !

Lucia di Lammermoor termine en beauté la saison 2008-2009 de l’Opéra de Montréal qui a su présenter au fil des mois des œuvres originales, poignantes et fortes. Rappelons les Fanciulla del West de Puccini, les Pêcheurs de perles de Bizet, Macbeth de Verdi, Cosi fan tutte de Mozart (Atelier lyrique) et bien sur Starmania du duo Plamondo-Berger qui marquèrent et firent vibrer la scène musicale montréalaise de par leur qualité d’interprétation, l’originalité des décors et de la mise en scène, puis finalement par le caractère magique de chacune des représentations.

L’Opéra de Montréal fêtera son 30ème anniversaire avec faste par une programmation exceptionnelle pour l’année 2009-2010 qui débutera le 26 septembre prochain avec le programme double Il Paggliacci de Leoncavallo et Gianni Schicchi de Puccini. Novembre apportera La Flûte enchantée de Mozart avec notamment Karina Gauvin dans le rôle de Pamina. Comme cadeau d’anniversaire, l’Opéra offrira à Montréal Tosca, œuvre de Puccini, qui fut la première pièce jouée de l’histoire de l’Opéra de Montréal en 1980. Simon Baccanegra (Verdi) prendra l’affiche en mars et Cendrillon de Massenet clôtura pour la fin du mois de mai cette saison qui s’annonce teintée d’accents italiens, relevée en qualité et riche en émotion.

William Sanger

mardi 16 juin 2009

Sumi Jo chante le bel canto

Contrairement aux concerts habituels (opéras, requiem, concertos), le concert présenté le 20 août 2008 par l’Orchestre Symphonique de Montréal (OSM) consistait en une sélection d’airs allant d’une symphonie à l’ouverture d’un opéra. Cette diversité d’airs permettait de proposer un éventail de prouesses techniques de la cantatrice Sumi Jo. Les airs choisis étaient des bel canto, soit des airs écrits pour mettre en valeur la virtuosité vocale de l’interprète.

Sumi Jo (Crédits photo : Richard Template, New York Times)

Le concert débute par la Symphonie no 101 de Joseph Haydn, dite « L’Horloge ». Ce morceau nous fait apprécier à sa juste valeur l’orchestre Symphonique de Montréal. En effet, celui-ci nous transmet l’harmonie du groupe par la musique jouée. Par le frémissement qui parcoure l’ensemble des musiciens répondant à celui de la baguette de Kent Nagano, nous ressentons la symbiose exceptionnelle entre les deux partis. C’est sur le Exsultate jubilate (A vos souhaits !) de Mozart que Sumi Jo fait son entrée mémorable. Elle arbore une robe de sirène au bleu étincelant qui nous laisse la bouche ouverte : nous sommes en présence d’une diva. Originaire de Corée du Sud, après avoir étudié le chant à Rome dans les années 80, Sumi Jo parcourt les opéras du monde entier pour interpréter airs célèbres (notamment la Reine de la nuit – La Flûte enchantée, Mozart) et opéra français (Offenbach). Elle fait preuve sur scène d’une présence magnétique et envoûtante. (voir Maxwell)

On qualifie Sumi Jo de soprano colorature. Soprano, car sa voix est à une tonalité la plus aigüe et légère. Colorature, car sa voix est particulièrement agile et est capable d’une grande facilité à vocaliser. L’opéra baroque italien et le bel canto (airs d’opéra de Rossini, Bellini, Donizetti) exigent de ses interprètes féminines ces caractéristiques. Après l’entracte, nous pouvons à nouveau pleinement profi ter du talent de l’Orchestre Symphonique, avec le morceau d’ouverture de La scala di seta de Rossini. Kent Nagano dirige ses musiciens sans fi oriture mais de manière directe, subtile et avec passion. Puis revient Sumi Jo, cette fois vêtue d’une robe ample, pareille à une feuille d’or. Elle interprète cette fois-ci un extrait de Linda di Chamounix de Donizetti, « O luce di quest’anima ». Elle conquiert le public par ses oscillations de voix ainsi que par sa capacité à tenir les notes les plus aigües de manière a fi ger le temps autour d’elle.

Finalement, dernière partie du programme : l’ouverture de l’opéra Norma, de Bellini. L’ouverture est magistrale ; ébahis, les spectateurs s’étonnent d’avoir gardé la bouche ouverte pour la durée de l’air. Nous avons droit à deux autres extraits de Bellini chantée par Sumi Jo : « O ! Quante volte » (I Capuleti e i Montecchi) et « Qui la voce… vien diletto » (I puratini). Sumi Jo confirme sa réputation de grande diva des temps modernes et sublime le public. Une complicité apparente s’établit entre le chef d’orchestre, heureux de diriger, et la soprano. C’est un cadeau de quatre rappels que ceux-ci nous offrent. Une troisième robe fait son entrée, aux couleurs du soleil couchant, portée par une Sumi Jo souriante et enjouée qui interprètera à tour de rôle : « Ah vos jeux, mes amis » dans Hamlet par Thomas, « Quand le printemps arrive » de Lim Kungsu pour la réunification de la Corée, « L’air de l’Olympe » des contes d’Hoffman (Kent Nagano se prêtera au jeu et ira remonter mécaniquement Sumi Jo sous les rires et la bonne humeur du public), et fi nalement « O mio babbino caro » de Puccini. Après le comique, Sumi Jo nous prouve qu’elle sait chanter un air délicat et qu’elle sait nous faire passer une émotion subtile. Cela confirme son réel talent et sa passion musicale.

Sous les vivas et bravos de la foule, la soprano et le chef d’orchestre se sont exprimés en français devant un public conquis et charmé par la beauté de la musique et la qualité de l’interprétation.

Raphaelle Occhietti et William Sanger