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mardi 16 juin 2009

Sumi Jo chante le bel canto

Contrairement aux concerts habituels (opéras, requiem, concertos), le concert présenté le 20 août 2008 par l’Orchestre Symphonique de Montréal (OSM) consistait en une sélection d’airs allant d’une symphonie à l’ouverture d’un opéra. Cette diversité d’airs permettait de proposer un éventail de prouesses techniques de la cantatrice Sumi Jo. Les airs choisis étaient des bel canto, soit des airs écrits pour mettre en valeur la virtuosité vocale de l’interprète.

Sumi Jo (Crédits photo : Richard Template, New York Times)

Le concert débute par la Symphonie no 101 de Joseph Haydn, dite « L’Horloge ». Ce morceau nous fait apprécier à sa juste valeur l’orchestre Symphonique de Montréal. En effet, celui-ci nous transmet l’harmonie du groupe par la musique jouée. Par le frémissement qui parcoure l’ensemble des musiciens répondant à celui de la baguette de Kent Nagano, nous ressentons la symbiose exceptionnelle entre les deux partis. C’est sur le Exsultate jubilate (A vos souhaits !) de Mozart que Sumi Jo fait son entrée mémorable. Elle arbore une robe de sirène au bleu étincelant qui nous laisse la bouche ouverte : nous sommes en présence d’une diva. Originaire de Corée du Sud, après avoir étudié le chant à Rome dans les années 80, Sumi Jo parcourt les opéras du monde entier pour interpréter airs célèbres (notamment la Reine de la nuit – La Flûte enchantée, Mozart) et opéra français (Offenbach). Elle fait preuve sur scène d’une présence magnétique et envoûtante. (voir Maxwell)

On qualifie Sumi Jo de soprano colorature. Soprano, car sa voix est à une tonalité la plus aigüe et légère. Colorature, car sa voix est particulièrement agile et est capable d’une grande facilité à vocaliser. L’opéra baroque italien et le bel canto (airs d’opéra de Rossini, Bellini, Donizetti) exigent de ses interprètes féminines ces caractéristiques. Après l’entracte, nous pouvons à nouveau pleinement profi ter du talent de l’Orchestre Symphonique, avec le morceau d’ouverture de La scala di seta de Rossini. Kent Nagano dirige ses musiciens sans fi oriture mais de manière directe, subtile et avec passion. Puis revient Sumi Jo, cette fois vêtue d’une robe ample, pareille à une feuille d’or. Elle interprète cette fois-ci un extrait de Linda di Chamounix de Donizetti, « O luce di quest’anima ». Elle conquiert le public par ses oscillations de voix ainsi que par sa capacité à tenir les notes les plus aigües de manière a fi ger le temps autour d’elle.

Finalement, dernière partie du programme : l’ouverture de l’opéra Norma, de Bellini. L’ouverture est magistrale ; ébahis, les spectateurs s’étonnent d’avoir gardé la bouche ouverte pour la durée de l’air. Nous avons droit à deux autres extraits de Bellini chantée par Sumi Jo : « O ! Quante volte » (I Capuleti e i Montecchi) et « Qui la voce… vien diletto » (I puratini). Sumi Jo confirme sa réputation de grande diva des temps modernes et sublime le public. Une complicité apparente s’établit entre le chef d’orchestre, heureux de diriger, et la soprano. C’est un cadeau de quatre rappels que ceux-ci nous offrent. Une troisième robe fait son entrée, aux couleurs du soleil couchant, portée par une Sumi Jo souriante et enjouée qui interprètera à tour de rôle : « Ah vos jeux, mes amis » dans Hamlet par Thomas, « Quand le printemps arrive » de Lim Kungsu pour la réunification de la Corée, « L’air de l’Olympe » des contes d’Hoffman (Kent Nagano se prêtera au jeu et ira remonter mécaniquement Sumi Jo sous les rires et la bonne humeur du public), et fi nalement « O mio babbino caro » de Puccini. Après le comique, Sumi Jo nous prouve qu’elle sait chanter un air délicat et qu’elle sait nous faire passer une émotion subtile. Cela confirme son réel talent et sa passion musicale.

Sous les vivas et bravos de la foule, la soprano et le chef d’orchestre se sont exprimés en français devant un public conquis et charmé par la beauté de la musique et la qualité de l’interprétation.

Raphaelle Occhietti et William Sanger

lundi 15 juin 2009

Saint François d'Assise, opéra d'Olivier Messiaen

Saint François d'Assise, Scènes franciscaines en trois actes et huit tableaux, poème de Olivier MESSIAEN, opéra présenté en version concert à la Place des Arts, vendredi 5 décembre et mardi 9 décembre 2008.

Ce monument de musique, achevé en 1983, était présenté pour la première fois au Canada, dans le cadre du centenaire de la naissance de Olivier MESSIAEN, compositeur français (1908-1992).

Le décor : un orchestre de 119 musiciens et un choeur de 150 chanteurs sur toute la scène de la salle Wilfrid Pelletier, un plein écran au-dessus.

L’oeuvre : une structure simple, 3 actes et 8 tableaux, qui dure 4 heures, sans compter deux entractes (50 mn hors retard dû à la tempête de neige de mardi et 15 mn).

Le thème : des exemples de l’itinéraire spirituel de François d’Assise : l’épreuve d’amour pour un lépreux, l’apparition de l’ange et le sermon aux oiseaux et, enfin, les stigmates et la mort. Plus qu’un opéra, il s’agit en fait d’un long poème de spiritualité chrétienne où alternent des voix humaines avec soutien orchestral et des séquences orchestrales avec ou sans choeur. Pour saisir pleinement cette oeuvre musicale, l’auditeur doit accepter cette louange religieuse et la monumentale mise en musique proposées par MESSIAEN.

Olivier Messiaen, crédits : Yayoi Kuruma

Les frères religieux et François, hiératiques en avant de l’orchestre, ainsi que l’ange chantent selon un mode proche du récitatif, avec une diction en général suffisante pour comprendre le texte.

L’orchestre crée l’atmosphère, introduit les personnages par des leitmotive et leur répond. Ce dialogue concertant entre les personnages et l’orchestre, ainsi que les thèmes récurrents, maintiennent l’intérêt de l’auditeur et lui permettent de supporter l’absence d’action et la longueur de l’oeuvre. L’écriture musicale est extrêmement riche et laisse deviner une complexité sous-jacente (La partition de 8 volumes pèse 12 kg). MESSIAEN met en valeur les percussions et leur cède plusieurs fois l’exclusivité, ce qui permet à l’auditeur à la fois de respirer et de suivre un jeu de percussion à couper le souffle.

Cette musique semble paradoxalement sobre, dépouillée, avec une combinaison de timbres et de sons qui fusionnent en méta-musique. Musique du 20e siècle, sans fioriture, où l’inspiration spirituelle s’exprime intellectuellement, où l’émotion est transposée en langage musical abstrait.

La performance : nous devons louer le chef d’orchestre, Kent NAGANO, d’avoir dirigé cette oeuvre avec rigueur et passion et offert une performance éblouissante. Parvenir à intégrer l’orchestre, le choeur et les chanteurs nécessite une précision rythmique parfaite. La direction de Kent NAGANO est d’autant plus remarquable qu’il a dû intégrer à l’Orchestre symphonique de Montréal des musiciens et choristes d’autres orchestres (universités de Montréal et de McGill, UQAM) et semble-t-il des percussionnistes invités de France. Le Saint François d’Assise de Kent NAGANO restera un événement de référence internationale. Les chanteurs et la chanteuse avaient une présence à la mesure de leur rôle, lumineuse pour l’ange, forte et expressive pour le lépreux, les frères Léon, Bernard et Élie, plus effacée pour les frères Massée et Rufin. Que l’on pardonne le mécréant qui écrit ces lignes, mais il imaginait François touché par la grâce, illuminé par la béatitude spirituelle, humble parmi les humbles, recueilli, et non un moine professionnellement correct, statique, inexpressif. Le choeur, utilisé plus comme un complément occasionnel que comme un partenaire concertant, était chaleureux. L’orchestre a été fantastique. À noter le défi pour les trombones de jouer certaines parties brèves et très rapides en même temps que les percussions, dans l’intermède du premier acte. La création visuelle avait au moins une qualité, elle n’interférait pas avec l’écoute et le regard aux chanteurs et à l’orchestre. La fusion des visages dans les images, notamment celui de l’ange, renforçait le symbolisme.

Kent Nagano, crédits : Jean Olivier, journal de Montréal

Les grands moments : le dialogue musicalement contrasté du lépreux et de François (Acte 1), les ondes Martenot de la musique céleste et le chant des oiseaux de l’Acte 2, les intermèdes de percussion des trois actes, l’apothéose finale de l’Acte 3.

Le Saint François d’Assise de Olivier MESSIAEN ? une invitation à écouter les oiseaux et le bruissement nocturne des étoiles dans l’espace.

Serge Occhietti